George Sand
( 1804-1876)
"... ce génie
hermaphrodite, qui réunit la vigueur de l'homme à la grâce de la femme; qui pareille au
sphinx antique, vivante et mystérieuse énigme, s'accroupit aux extrêmes limites de
l'art avec un visage de femme, des griffes de lion, des ailes d'aigle."
Alexandre Dumas,
mes Mémoires 1852 |
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Après avoir été admirée par les
plus grands écrivains de son temps, tels que Balzac et Dostoïevski, la traversée du 20e
siècle fut pour George Sand un long séjour au purgatoire. Ses temps ingrats n'ont voulu
retenir de sa vie et de son uvre que ses aventures sentimentales avec Musset et
Chopin, son habitude de s'habiller en homme et de fumer le cigare, et ses romans
champêtres, jugés simple littérature enfantine. Heureusement il y eut Georges Lubin que
l'on nomma plaisamment son "amant posthume" et qui consacra une grande partie de
sa vie à éditer la correspondance de la romancière (25 vol. parus de 1964 à 1991 chez
Classiques Garnier et le 26e vol. chez Du Lérot en 1995). Cette édition suscita un
nouvel intérêt pour l'uvre fleuve de la romancière (plus particulièrement sur
son autobiographie "Histoire de ma vie") et les chercheurs tels que Isabelle
Hoog Naginski "George Sand, l'écriture ou la vie" (Honoré Champion, 1999),
Béatrice Didier "George Sand écrivain, un grand fleuve d'Amérique" (PUF,
1998), Nicole Mozet "George Sand, écrivain de romans" (Christian Pirot, 1997)
et Marielle Caors "George Sand, de voyages en romans" (Royer, 1995) ont
réalisé tout récemment des études sérieuses sur ses romans.
Pour Isabelle Hoog
Naginski, l'originalité de George Sand par rapport aux autres écrivains de son
époque est qu'elle adopta dans son oeuvre un point de vue androgyne, se plaçant tour à
tour dans la peau de l'homme et dans celle de la femme. Elle vécut sa naissance à
l'écriture comme une révélation. Son premier roman, signé G. Sand, "Indiana"
eut un succès immédiat et retentissant. Avec Balzac, elle est l'un des premiers
écrivains de l"invisible"* : dans "Lélia", elle entre
immédiatement dans l'âme des personnages sans description extérieure préalable et
invente "une nouvelle structure narrative au roman"*. Elle s'essaya à toutes
les formes et tous les genres du roman. Son chef-d'oeuvre "Consuelo", grand
roman initiatique, fait partie, avec entre autres "Spiridion" et "Les Sept
Cordes de la Lyre", de ses oeuvres métaphysiques. "La Ville noire" est
l'un des premiers romans sociaux. De nombreux romans de George Sand ont trait au monde
artistique : "Consuelo" (le chant), "Le Château des Désertes" (le
théâtre), "Les Maîtres Mosaïstes" (l'art picturale), "Albine
Fiori" (la danse)... Elle emprunta aussi la veine fantastique : "Les Dames
Vertes", "Les Contes d'une grand-mère"...
Avec "Valentine", George Sand
inaugura ce qui devint un de ses thèmes favoris "mesurer la distance sociale et
culturelle qui sépare deux jeunes gens appartenant à des milieux sociaux différents,
lorsqu'ils tombent amoureux"*. Il faut noter que le père de la romancière, Maurice
Dupin de Francueuil était d'origine aristocratique et que sa mère était la fille d'un
oiseleur.
Toute sa vie, elle fut guidé par son
idéal d'amour, d'égalité et de fraternité, tel que le souligne Vladimir Karénine dans
sa biographie en quatre volumes "George Sand, sa vie et son oeuvre" réimprimée
en 2000 par Honoré Champion (la lecture de cet ouvrage est pleine de richesses). Cet
idéal la poussa à se battre pour la République. En 1848, elle demanda que des ouvriers
et des paysans soient élus au même titre que les autres membres de la société, mais
ses amis politiques préférèrent garder le pouvoir pour eux-mêmes ce qui l'a dégoûta
à jamais de la politique. Elle écrivit alors ses plus célèbres romans champêtres
"La Mare au diable", "La petite Fadette", "François le
Champi" afin de relever le peuple à ses propres yeux et de lui donner une mémoire.
Dans le même souci de préserver la culture paysanne, elle écrivit "Les Légendes
rustiques".
Tout ce qui précède n'est qu'un faible
éclairage de la foisonnante uvre de George Sand. Elle est à découvrir. Bonne
lecture !
Cécile Pichot
A découvrir
le site de Cécile Pichot sur George Sand
* A lire absolument : Isabelle Hoog Naginski
"George Sand, l'écriture ou la vie" (Honoré Champion, 1999)

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