| "Le prince des poètes, le poète
des princes"
Fils de famille aristocratique, parent de Bayard et de
la reine Elisabeth d'Angleterre, Pierre de Ronsard est né, en 1524, sous une belle
étoile. Il est élevé dans le culte des arts et des lettres par un père admiratif de
l'Italie. II se montre également très doué pour les exercices physiques, l'équitation,
ou l'escrime et devient l'un des pages les plus séduisants de la cour de France.
C'est une surdité précoce qui le fait renoncer à la
carrière militaire. Il se découvre alors une vocation pour la poésie.
En 1545 , alors qu'il a vingt ans , il rencontre une
jeune fille de treize ans, Cassandre Salviati. Aussitôt
rencontrée, aussitôt disparue, la jeune Cassandre va devenir l'être
"inaccessible". Elle se marie l'année suivante avec le seigneur de Pré. Elle
sera à Ronsard, ce que Laure a été à Pétrarque, et va lui permettre de célébrer
l'amour platonique
En 1547, Ronsard fait la connaissance de Joachim
du Bellay . Il décide de créer avec son ami et quelques autres jeunes poètes un groupe
qui prendra quelques années plus tard le nom de la Pléiade. Leur objectif
est de soutenir le français contre ses détracteurs, enrichir son vocabulaire et son
style et composer des uvres inspirées des auteurs grecs et latins.
En 1550 , Ronsard publie les Quatre premiers livres
des Odes qui le hissent au premier rang des poètes de l'époque. Marguerite de France
puis le roi Charles IX se prennent d'enthousiasme pour ce "prince des poètes".
Pendant deux décennies, Ronsard va jouir d'une grande renommée. Il publie
successivement ses Hymnes, ses Amours, puis ses Discours. En 1572, il
se lance dans un projet gigantesque, La Franciade, une Eneïde à la française qui
tournera court et se soldera par un échec.
A la jeune et austère Cassandre, se sont succédées
Marie et Hélène , une jeune paysanne et une des filles de la Cour de Catherine de
Médicis. Aux trois, dans des styles différents correspondant à la fois à la période
de sa vie et aux caractères de ses muses, Ronsard a offert des
sonnets que des générations de lycéens ont appris à déclamer .
Puis, soucieux de sa postérité, Ronsard consacre la
fin de sa vie à la préparation des éditions de ses uvres complètes. Ce qui ne
l'empêchera pas de connaître plus de deux siècles d'oubli. Suite à sa mort, en 1585,
il continue d'être vénéré et admiré jusqu'au début du dix-septième siècle. Une
grande édition de 1623 le qualifie même de Prince des poètes français. Puis il
faudra attendre 1857 pour que ses uvres soient à nouveau éditées. Entre temps il
essuya maintes critiques, dont celle de Jules Michelet : " Il frappait comme un sourd
sur la pauvre langue française" n'est pas la plus virulente. Les écrivains de la
seconde partie du dix-neuvième, Sainte-Beuve, Flaubert, et Maupassant , le sortent enfin
de son purgatoire. Au vingtième siècle, il inspire Debussy, Saint-Saens, Ravel, Poulenc
et Milhaud. En 1949, André Gide , dans son anthologie de la Poésie française, lui rend
hommage : " Les poètes qui l'entourent ou qui lui succèdent sont, près de lui,
froids, incertains, compassés, timorés."
Pourtant aujourd'hui, encore, celui qui fut l'un de ceux
qui créa la langue poétique semble bien à l'étroit dans ce sonnet " Mignonne, allons voir si la rose
" dans lequel on
l'a, bien malgré lui, enfermé.
Guy Jacquemelle

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