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Raymond Radiguet (1903-1923)

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« Raymond Radiguet partage avec Arthur Rimbaud le terrible privilège d’être un phénomène des lettres françaises. » Jean Cocteau

« Il était petit, pâle, myope, ses cheveux mal coupés pendaient sur son col et lui faisaient des favoris. Il grimaçait comme au soleil. Il sautillait dans sa démarche. On eût dit que les trottoirs lui étaient élastiques. Il tirait de ses poches les petites feuilles de cahier d’écolier qu’il y enfonçait en boule. Il les déchiffonnait du plat de la main et, gêné par une des cigarettes qu’il roulait lui-même, essayait de lire un poème très court. Il le collait contre son œil. »

C’est en ces termes que Cocteau se souvient de Raymond Radiguet. L’enfant prodige de la littérature, " Monsieur Bébé " comme le surnommaient ses amis, a vécu ce que vivent les roses, mais il a eu le temps de composer un recueil de poèmes, Les Joues en feu (1920), et un chef-d’œuvre devenu classique, Le Diable au corps (1923). Le 12 décembre 1923, il meurt de la typhoïde, sans avoir pu revoir les épreuves du Bal du comte d’Orgel, son second roman.

" On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans " écrira Rimbaud. Raymond Radiguet, à qui on le compare souvent, sans doute en raison de leur égale précocité, lui, à dix-sept ans, prend déjà ses distances avec les dadaïstes (Tristan Tzara, André Breton), qu’il fréquente depuis un an. Il fonde la revue Le Coq avec Cocteau, Satie et Poulenc, écrit une comédie, Les Pélican, et rédige, toujours avec Cocteau, le livret de Paul et Virginie, opéra-comique, dont Satie aurait dû composer la musique. Enfin, il publie Les Joues en feu, son recueil de poèmes.

Raymond Radiguet est bien un prodige, et s’il doit une partie de son succès à Cocteau, son maître et ami, la postérité a prouvé que Cocteau ne s’était pas trompé. Raymond Radiguet est une étoile filante de la littérature des années 1920, mais il a durablement influencé celle-ci, en prônant, au milieu de l’effervescence créatrice de ces années d’après-guerre, le retour à une écriture classique, dont Le Diable au corps est la magnifique illustration, et qui, par sa rigueur et sa simplicité laisse voir que son auteur a lu et apprécié les génies du siècle de Louis XIV. " Efforcez-vous d’être banal " déclare Radiguet dans un article intitulé " Conseils aux grands poètes ". Cette injonction est surtout une mise en garde contre les dérives dadaïstes, mais aussi la revendication d’un certain naturel, celui des classiques.

« Je vais encourir bien des reproches. Mais qu’y puis-je ? Est-ce ma faute si j’eus douze ans quelques mois avant la déclaration de la guerre ? […] Que ceux déjà qui m’en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances ».

Ainsi commence Le Diable au corps, et l’on comprend ce qui a pu irriter certains lecteurs de l’époque, et générer le parfum de scandale qui a entouré la sortie du roman, le premier roman d’un enfant prodige de dix-sept ans, qui raconte l’histoire d’amour d’un jeune homme et d’une jeune femme dont le mari est à la guerre, au front. Radiguet, le jour de la sortie du livre, le 10 mars 1923, fait paraître un article dans les colonnes des Nouvelles littéraires. Il y revendique le droit à l’écriture pour la jeunesse.

« C'est un lieu commun, écrit-il, par conséquent, une vérité et point négligeable, que pour écrire il faut avoir vécu. Mais ce que je voudrais savoir, c'est à quel âge on a le droit de dire : " J'ai vécu." […] C'est, si l'on y pense un peu, bien du mépris pour les jeunes gens, que de s'étonner parce que l'un d'eux écrit un roman. »

Plus loin, il se défend d’avoir écrit une autobiographie, et livre in extremis une petite leçon de littérature à ses détracteurs :

" Mais pour le héros du Diable au corps (que malgré l'emploi du " je " il ne faudrait pas confondre avec l'auteur), son drame est ailleurs. Ce drame naît davantage des circonstances que du héros lui-même. On y voit la liberté, le désœuvrement, dus à la guerre, façonner un jeune garçon et tuer une jeune femme. Ce petit roman d'amour n'est pas une confession, et surtout au moment où il semble davantage en être une. C'est un travers trop humain de ne croire qu'à la sincérité de celui qui s'accuse ; or, le roman exigeant un relief qui se trouve rarement dans la vie, il est naturel que ce soit justement une fausse autobiographie qui semble la plus vraie. "

Il faut lire, ou relire, Le Diable au corps. Ce court roman, " fausse autobiographie " qui emprunte à la vraie vie de Radiguet, entrepris en 1919 et achevé cinq années plus tard, est un magnifique roman d’amour tragique doublé d’un témoignage surprenant sur la guerre de 14-18 vue par les yeux d’un jeune garçon. C’est aussi, et surtout, un chef-d’œuvre d’intelligence, de naturel et de grâce.

Mais il faut également se plonger dans Le Bal du comte d’Orgel, la dernière œuvre de Radiguet, publiée en 1924, car dans ce roman, qu’on a souvent rapproché de La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette pour sa profondeur dans l’analyse psychologique, on retrouve le classicisme exacerbé de Radiguet, tempéré par l’expérience sereine de Cocteau, qui, après la mort du jeune homme, a participé aux corrections des épreuves devenues orphelines.

A propos de Raymond Radiguet, Cocteau écrit, dans un article intitulé " Cet élève qui devint mon maître ", (publié dans Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques le 5 juin 1952) :

« Il est une plante qui parle, en quelque sorte. Dans Le Diable au corps, cette plante raconte le mystère de ses racines. Dans Le Bal du comte d’Orgel, cette plante donne sa fleur, et son parfum est parole. »

Clemence Camon

Analyse du Diable au Corps par Clémence Camon


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