Cette suite romanesque de Roger Martin du Gard
comprend 8 romans : le cahier gris (1922), le Pénitencier
(1922), la Belle Saison (1923), la Consultation (1928) , la
Sorellina (1928), la Mort du Père (1929), l’Eté 1914
(1936) et Epilogue (1940)
Résumé
Cette
vaste chronique couvre les années 1905-1918 et
nous relate la vie d’une famille bourgeoise d'avant 1914, au
travers du destin de deux frères que la première guerre mondiale va
opposer. L'aîné, Antoine, est un brillant étudiant en médecine . Interne
aux hôpitaux de Paris, dévoué aux autres et assez conservateur, il va se
vouer entièrement à sa carrière . Le cadet, Jacques, lui, est un écorché
vif, un révolté. Les
destins opposés d’Antoine et de Jacques Thibault, les feront vivre jusqu'à
leur mort dans l'incompréhension l'un de l'autre.
Le
cahier gris
1905. Jacques Thibault a quatorze ans. Antoine, le
fils aîné , qui a dix ans de plus que son frère, est médecin. Leur père,
Oscar Thibault, est un grand
bourgeois parisien, un
catholique intransigeant et autoritaire. Il y a également Melle de Waize,
la vieille gouvernante dévouée qui tient la maison Thibault depuis
toujours, et La petite Gise, la nièce qu’a recueillie Melle de Waize
Jacques noue une amitié enthousiaste avec son
camarade de classe Daniel de Fontanin. Les parents de Daniel appartiennent
à un milieu plus libéral que le sien. Le père de Daniel est un époux volage, et sa mère
, pour oublier cette infortune conjugale , s’est réfugiée dans un
certain mysticisme. Ils ont également une fille, Jenny, qui ne laisse pas
Jacques indifférent.
Jacques
et Daniel ont une correspondance passionnée. Mais celle-ci est découverte
et jugée suspecte, notamment par le père de Jacques. Indigné par la réaction
de son père, Jacques fait une fugue. Arrêté près de Marseille , cinq
jours après leur départ, Jacques
et Daniel sont rendus à leur famille et connaissent alors un sort contraire.
Tandis que Daniel est accueilli avec bienveillance par ses parents, Jacques
sera placé, par son père, au pénitencier de Crouy.
Le
Pénitencier
Jacques reste enfermé plusieurs mois. Sans prévenir
son père, Antoine prend l’initiative de contacter son frère. Il prend
conscience que le châtiment qu’a imposé M. Thibault est disproportionné
à la faute et qu’il a pour effet de briser son frère cadet. Antoine
sollicite secrètement l’abbé Vécard, le confesseur de M. Thibault. Ils
parviendront, non sans mal, à faire libérer Jacques.
Jacques habite maintenant chez son frère , qui a décidé
de veiller sur lui. Malgré l’interdiction de son père, Antoine laisse
Jacques revoir les Fontanin.
La Belle Saison
Cinq années ont passé. Daniel est étudiant aux
Beaux-Arts. Jacques , lui, se
présente à l’Ecole Normale et il y est reçu.
Antoine rencontre Rachel, une belle aventurière et éprouve
pour elle un sentiment enflammé. Il n’avait connu jusque-là que de
petites aventures. Avec Rachel, il découvre la passion et cette aventure le
transforme profondément. Mais Rachel le quitte bientôt pour retrouver un
mystérieux bandit. Redécouvrant la solitude, Antoine se consacre avec une
passion renouvelée à la pitoyable
humanité qui défile dans son cabinet.
Jacques, lui , est un adolescent tourmenté. Il est
attiré à la fois par Jenny, la sœur de Daniel, pour laquelle il éprouve
des sentiments ambigus. Mais Gize, qui a maintenant quinze ans et que
Jacques avait toujours eu tendance à considérer comme sa sœur, ne le
laisse plus indifférent.
La consultation
Trois nouvelles années se sont écoulées.
Jacques a mystérieusement disparu.
Antoine, lui, se consacre corps et âme à son métier : les
patients se pressent de plus en plus nombreux dans son cabinet. Il les
ausculte et les soigne scrupuleusement . L’un de ses patients est son
propre père. Antoine découvre qu’il a une maladie incurable mais fait
tout son possible pour lui cacher la gravité de son mal.
La Sorellina
C’est le titre d’une nouvelle publiée dans une
revue. Malgré le pseudonyme utilisé par son auteur, Antoine est persuadé
en la lisant que c’est Jacques , son frère , qui l’a écrite. Il retrouve ainsi sa trace. Jacques, miné par ses
contradictions amoureuses et par son conflit avec son père s’est en effet
exilé en Suisse. Il vit
maintenant au sein d’un groupe révolutionnaire international . Antoine réussit
à convaincre Jacques de rentrer à Paris et de rendre visite à leur père
agonisant.
La Mort du Père
Antoine est confronté à la souffrance de son père.
Les soins qu’il lui prodigue semblent inutiles. Il prend la décision
d’abréger son agonie. Après les obsèques, il découvre des papiers qui
lui révèlent que son père était plus secret qu’il ne le croyait et
qu’il possédait une vie et une richesse intérieures insoupçonnées.
Jacques, lui supporte très difficilement l’ambiance familiale et n’a
qu’une idée, retourner au plus vite en Suisse .
L’Eté 1914
Il s'agit de la période de juin à août 1914. On
assiste à la montée en
puissance des tensions qui vont aboutir à la première guerre mondiale.
Cette partie permet à Roger Martin du Gard, au travers de Jacques,
d'exprimer son pacifisme. Antoine, lui, comme nombre de ses contemporains,
est pris par sa vie et ne voit pas venir ce conflit.
Antoine, devenu un brillant pédiatre, mène une vie
luxueuse et collectionne les aventures galantes. Malgré les avertissements
de son frère, il juge la guerre impossible. Jacques, lui, à Genève, a décidé
de s’investir aux côtés des militants de la paix. L’organisation à
laquelle il appartient lui confie plusieurs missions au travers de
l’Europe. De passage à Paris, il retrouve Jenny dont le père vient de se
donner la mort. Entre Jacques et Jenny, une explication passionnée a lieu :
ils osent enfin s’avouer qu’ils s’aiment. Ils prennent part aux
manifestations populaires et sont témoins de l’assassinat de Jean Jaurès.
De leur liaison naîtra un garçon : Jean-Paul. Lorsque la mobilisation
est proclamée, Jacques décide de se réfugier en Suisse pour continuer à
lutter contre la guerre. Jenny souhaiterait le suivre, mais par devoir, elle
décide de rester près de sa mère.
Le 10 Août 1914, à l’aube, Jacques monte à bord d’un
avion pour survoler le front et jette aux troupes des tracts pacifistes français
et allemands. L’avion a un accident et prend feu. Meynestrel meurt brûlé.
Jacques est grièvement brûlé . Il est ballotté durant toute une journée
sur une civière. Un des gendarmes qui trouve ce prisonnier encombrant ,
l’abat d’un coup de revolver.
Epilogue
Octobre 1917. Antoine Thibault est surpris par une
attaque de gaz sur le chemin des dames. IL est soigné dans une clinique près
de Grasse, mais il prend conscience, qu’il est condamné. En permission à
Paris, il rend visite à Jenny de Fontanin, et lui propose de donner, à
l’enfant qu’elle a eu de son frère, le nom de Thibault.
Jenny refuse. Dans les derniers mois de sa vie, Antoine tient un journal. Il
s’adresse à Jean-Paul , le fils de Jacques et Jenny, au travers duquel
son frère et lui, survivront.
Huit jours après la victoire du 11
novembre 1918, Antoine , submergé par la souffrance, décide de
mettre fin à ses jours en s’administrant une piqûre.
Quelques
citations des Thibault
Aucun
Dieu n'a jamais répondu aux appels, aux interrogations de l'homme. Ce qu'il
prend pour des réponses, c'est seulement l'écho de sa voix.
Il y a deux façons d'être
spirituel : par l'esprit qu'on met dans ce qu'on dit, et par celui qu'on met
dans sa manière de le dire.
Je ne peux pas admettre la
violence, même contre la violence.
Où qu'il soit, où qu'il aille,
l'homme continue à penser avec les mots, avec la syntaxe de son pays.
Si l'on ne fait pas le bien par goût
naturel, que ce soit par désespoir; ou du moins pour ne pas faire le mal.
Admirer n'est pas aimer.
Je ne vois que l'inconscience qui
peut éviter au mourant un atroce sentiment de vanité et de désespoir.
La pensée ne commence qu'avec le
doute.
Mourir en laissant une oeuvre, ce
n'est plus mourir autant.
Quand la vérité est libre, et
l'erreur aussi, ce n'est pas l'erreur qui triomphe.
Une conviction qui commence par
admettre la légitimité d'une conviction adverse se condamne à n'être pas
agissante.
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Nouvelle adaptation de ce roman fleuve de
Roger Martin du Gard
Une première adaptation des Thibault a déjà
été réalisée, pour la télévision , en 1972 par le duo Alain Bourdet -
André Michel, chacun des deux réalisateurs avait alors pris en charge l'élaboration
de trois des six épisodes. Ceux-ci avaient été écrits et mis en dialogue
par Louis Guilloux. Dans la distribution de l'époque, Charles Vanel se révèlait
éblouissant dans son rôle de patriarche orgueilleux, autoritaire et
vieillissant davantage préoccupé par sa réputation et la bonne marche de
ses affaires que par le devenir de ses deux fils.
Dans la nouvelle adaptation que propose
France 2 en octobre 2003 ce rôle est repris avec brio par Jean Yanne dont
on connaît l'aisance à camper des personnages tout en retenue. C’est sa
dernière aventure pour le petit écran. Dans cette version proposée par
France 2 , Jean-Claude Carrière et Joëlle Goron ont pris la plume pour
transformer cette oeuvre monumentale (2000 pages, 70 personnages) en une
fiction moderne et de qualité.
Cent jours de tournage dans 160 décors de
quatre pays (Belgique, Suisse, Paris, Portugal), 120 rôles et 5000
figurants se sont voués à la réussite de cette fiction ambitieuse.
Article
sur l'adaptation des Thibault sur France 2
Source bibliographique
Dictionnaire des Personnages de Laffont-Bompiani
(Editions Robert Laffont)
Dictionnaire des Grandes Oeuvres de la Littérature française, Jean-Pierre de
Beaumarchais, Daniel Couty (Editions larousse)
Kléber Haedens Une Histoire de la Littérature française, Grasset 1970