Charles Cros est né le 1er octobre 1842
à Fabrezan. Son grand père, Antoine Cros, était "professeur de belles
lettres" et traducteur de Théocrite. Charles évoque en quelques vers ce grand père
:Vous faisiez des vers très doux
D'après le doux Théocrite,
"L'Oaristys!". C'est de vous
Qu'en faisant ces vers, j'hérite.
Antoine Cros, père du poète, docteur en droit et philosophe, enseigne dans les
collèges avant d'être exclu de l'Université en 1849, à cause de ses idées
républicaines. Il dirige les humanités de son fils : langues modernes et anciennes, dont
le sanskrit, les mathématiques et la musique. Après son baccalauréat, obtenu en 1859,
Charles entreprend des études de médecine qu'il n'achève pas.
Charles a une soeur, Henriette, et deux frères : Antoine, médecin, qu'il assiste
pendant l'épidémie de choléra en octobre 1865, et Henry, sculpteur et céramiste,
grâce auquel il se lie avec les impressionnistes, Manet entre autres, dont l'influence se
fait sentir dans sa poésie.
A partir de 1867, il fréquente différents cercles où se côtoient artistes et
intellectuels en marge. Il rencontre alors Nina de Villard, qui devient sa maîtresse en
1868 : cette jeune femme reçoit dans son salon de jeunes artistes dont beaucoup se
rallieront à la Commune. Pendant le Siège de Paris, en 1870, Verlaine l'héberge.
Pendant la Commune, il est aide-major. Cette année-là, en 1871, il rencontre Rimbaud
qu'il accueille avec Verlaine. Sa liaison orageuse se poursuit avec Nina, jusqu'à la
rupture en 1877. Il rencontre chez elle, notamment, Jean Richepin et Germain Nouveau en
1875.
En 1878, Charles Cros épouse Mary Hjardemaal dont il a deux fils, Guy-Charles
(1879-1956) et René (1880-1898). Sa santé commence à se ressentir de sa vie de bohème,
et de l'absinthe. En 1884 meurt Nina de Villard. L'année suivante multiplie les épreuves
: son alcoolisme s'aggrave, sa femme tombe malade, et sa situation financière n'est
guère florissante, au point que sa bibliothèque est vendue aux enchères publiques. Il
meurt le 9 août 1889.
Le poète inventeur
Largement autodidacte, il partagea le goût de son temps pour le progrès et la
technique : en 1865, il projette la construction d'un télégraphe au Pérou. Lors de
l'exposition universelle de 1867, il expose un télégraphe automatique. La même année,
il travaille à un projet de reproduction des couleurs, des formes et des mouvements. Il
pressent le cinéma, le journal parlé. En 1869, il publie la Solution générale du
problème de la photographie des couleurs. En 1876, il réalise ses premières
épreuves de photographie en couleurs. Ses recherches portent également sur le son : en
1877, il propose à l'Académie des sciences ses travaux sur le principe de
l'enregistrement des sons. Au même moment, Edison fait connaître son invention, le
phonographe. Il poursuit ses travaux scientifiques, prépare des communications pour les
Sociétés savantes, envoie ses notes à l'Académie des sciences, jusqu'à la fin de sa
vie. En 1882, il réalise une épreuve en couleurs de Jeanne de Manet.
Vie littéraire
Charles Cros mène une vie de bohème, il se lie avec de nombreux artistes, dont
Verlaine. Nina de Villard, sa maîtresse, tient un salon où se rencontrent de jeunes
artistes. Il fait ses débuts poétiques dans L'Artiste en 1869. En 1870, de
nombreux poèmes du Coffret de Santal voient le jour. Le recueil paraît en 1873,
l'année d'Une Saison en enfer . Il collabore au Tombeau de Théophile Gautier. En
1874, il est pour un temps rédacteur en chef de La Revue du monde nouveau, et
publie Le Fleuve, avec des eaux-fortes de Manet. En 1876, il publie les Dixains
réalistes, La même année, il rencontre du comédien Coquelin cadet et commence à
écrire des monologues.
En 1879, Charles Cros collabore à des revues comme L'Hydropathe et Le
Molière, et réédite Le coffret de santal, qui lui a valu le prix Juglar.
Jusqu'à la fin de sa vie, il continue à collaborer à diverses revues, et écrit de
nombreux monologues, dont certains sont publiés. Pourtant, à sa mort en 1888, la plus
grande partie de son oeuvre reste inédite.
Bien plus tard, Robert Desnos et Aragon rendent hommage au poète et à son rôle dans
la littérature.
"La gloire d'un grand mort ne dépend pas autant qu'on le suppose du caprice des
vivants. Un peu plus tôt, un peu plus tard, les noms qui méritent de survivre émergent
de l'oubli pour s'ancrer dans la mémoire des hommes." (Guy-Charles Cros)