Ce roman d’Honoré de Balzac a été
publié pour les deux premières parties, «Les deux Enfances » et
« les Premières amours » de novembre à décembre 1835 dans
la revue de Paris. Puis en raison d’un différend avec Buloz, la
publication a été interrompue. Le livre , dans sa version complète a été
publié en 1836 chez Werdet.
Le Lys dans la vallée
est l'histoire d'un amour impossible entre Félix de Vandenesse, cadet
d'une famille aristocratique , et Mme de
Mortsauf, la vertueuse épouse du Comte de Mortsauf , un homme sombre et
violent.
Au début du roman , Félix
de Vandenesse adresse à sa maîtresse, Nathalie de Manerville, le récit
de son enfance et de sa jeunesse entre une mère peu aimante, son frère
Charles le favori, des sœurs peu affectueuses et une triste pension.
A tours, à la veille de la Restauration ( mai 1814) , il assiste
à un bal auquel il s’ennuie , jusqu’à ce que son regrad croise celui
d’une éblouissante inconnue.
Il dépose un baiser sur son épaule, mais l’inconnue s’éloigne,
offensée….

Delphine Seyrig dans Le Lys
dans la Vallée
( Réalisation Marcel Cravenne)
La scène du bal : Félix
de Vandenesse
rencontre la comtesse Blanche Henriette de Mortsauf ( extrait du Lys dans
la Vallée)
«Emporté comme un fétu dans
ce tourbillon, j'eus un enfantin désir d'être duc d'Angoulême, de me mêler
ainsi à ces princes qui paradaient devant un public ébahi. La niaise
envie du Tourangeau fit éclore une ambition que mon caractère et les
circonstances ennoblirent. Qui n'a pas jalousé cette adoration dont une répétition
grandiose me fut offerte quelques mois après, quand Paris tout entier se
précipita vers l'Empereur à son retour de l'île d'Elbe? Cet empire
exercé sur les masses dont les sentiments et la vie se déchargent dans
une seule âme, me voua soudain à la gloire, cette prêtresse qui égorge
les Français aujourd'hui, comme autrefois la druidesse sacrifiait les
Gaulois. Puis tout à coup je rencontrai la femme qui devait aiguillonner
sans cesse mes ambitieux désirs, et les combler en me jetant au coeur de
la Royauté. Trop timide pour inviter une danseuse, et craignant
d'ailleurs de brouiller les figures, je devins naturellement très grimaud
et ne sachant que faire de ma personne. Au moment où je souffrais du
malaise causé par le piétinement auquel nous oblige une foule, un
officier marcha sur mes pieds gonflés autant par la compression du cuir
que par la chaleur. Ce dernier ennui me dégoûta de la fête. Il était
impossible de sortir, je me réfugiai dans un coin au bout d'une banquette
abandonnée, où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur. Trompée
par ma chétive apparence, une femme me prit pour un enfant prêt à
s'endormir en attendant le bon plaisir de sa mère, et se posa près de
moi par un mouvement d'oiseau qui s'abat sur son nid. Aussitôt je sentis
un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie
orientale. Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne
l'avais été par la fête; elle devint toute ma fête. Si vous avez bien
compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent
en mon coeur. Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules
rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement
rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la
première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau
satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient
partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi
que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus
complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais
dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement
couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête
furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies: le
brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une
petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où
mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre
l'esprit. Après m'être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai
dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je
baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. Cette femme poussa un
cri perçant, que la musique empêcha d'entendre; elle se retourna, me vit
et me dit: "Monsieur?" Ah! si elle avait dit: "Mon petit
bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc?" je l'aurais tuée peut-être
mais à ce monsieur! des larmes chaudes jaillirent de mes yeux. Je
fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une tête
sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce
dos d'amour. Le pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage
que désarmait déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie
quand elle en est le principe, et devine des adorations infinies dans les
larmes du repentir. Elle s'en alla par un mouvement de reine. Je sentis
alors le ridicule de ma position; alors seulement je compris que j'étais
fagoté comme le singe d'un Savoyard. J'eus honte de moi. Je restai tout hébété,
savourant la pomme que je venais de voler, gardant sur mes lèvres la
chaleur de ce sang que j'avais aspiré, ne me repentant de rien, et
suivant du regard cette femme descendue des cieux. Saisi par le premier
accès charnel de la grande fièvre du coeur, j'errai dans le bal devenu désert,
sans pouvoir y retrouver mon inconnue. Je revins me coucher métamorphosé.»
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Une biographie de Balzac et
une étude sur Le Lys dans la Vallée (résumé et analyse de ce roman ) réalisées
par Rosanna Delpiano