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Jean Anouilh (1910-1987)

"Anouilh a une incontestable habileté de dramaturge et atteint parfois la puissance : son registre ne manque pas d'ampleur, puisqu'il va du romantisme de l'Hermine , sa première pièce , au réalisme inquiétant du Voyageur sans bagage et au réalisme mythique d'Antigone; du pessimisme moral des Pièces Noires à la fantaisie des Pièces roses, dont se détache le charmant Bal des voleurs".

Gaëtan Picon
Panorama de la Nouvelle Littérature,
Gallimard 1960

         

 

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Jean Anouilh a toujours fait preuve d'une grande discrétion concernant sa propre histoire : Ma vie privée est mon affaire personnelle a-t-il d'ailleurs confié lors d'une interview en 1964.

Il est né à Bordeaux en 1910, d'un père tailleur et d'une mère musicienne. Il arrive à Paris en 1921 et poursuit ses études au collège Chaptal. Après des études de droit, il débute dans la publicité où il rencontrera Prévert. Très tôt passionné par le théâtre, Jean Anouilh assiste émerveillé, au printemps 1928, à la représentation de Siegfried de Jean Giraudoux . Cette pièce servira de révélateur : "c'est le soir de Siegfried que j'ai compris..."

En 1929 il devient le secrétaire de Louis Jouvet . Les relations entre les deux hommes sont tendues. Qu'importe, son choix est fait, il vivra pour et par le théâtre.

Sa première pièce, l’Hermine (1932), lui offre un succès d'estime, et il faut attendre 1937 pour qu'il connaisse son premier grand succès avec le Voyageur sans bagages . L'année suivante le succès de sa pièce la Sauvage confirme sa notoriété et met fin à ses difficultés matérielles. Au travers de textes apparemment ingénus, Anouilh développe "une vision profondément pessimiste de l’existence".

Puis éclate la seconde guerre mondiale. Pendant l'occupation, Jean Anouilh continue d'écrire. Il ne prend position ni pour la collaboration, ni pour la résistance. Ce non-engagement lui sera reproché.

il se lance dans l'adaptation de tragédies grecques et obtient un nouveau succès avec Eurydice (1942). En 1944 est créé Antigone (1944). Cette pièce connaît un immense succès public mais engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l'ordre établi en faisant la part belle à Créon . Ses défenseurs mettent au contraire en avant les qualités de l'Héroïne.

À la Libération, Anouilh continue d'écrire en alternant pièces "noires", "roses", "brillantes", "grinçantes", "costumées", "secrètes" et "farceuses", suivant leur degré de pessimisme, de férocité et d’hypocrisie.

Il obtient de nombreux succès. Citons notamment L'Invitation au château (1947), L'Alouette (1952), Pauvre Bitos ou le dîner de têtes (1956), Beckett ou l'honneur de Dieu (1959).

En 1961, il connaît un échec avec La Grotte . Il se tourne alors vers la mise en scène. Anouilh est un des premiers à saluer le talent de Samuel Beckett, lors de la création d'En attendant Godot. Il soutiendra également Ionesco, Dubillard, Vitrac...

Il écrira encore plusieurs pièces dans les années soixante-dix, dont certaines lui vaudront le qualificatif "d'auteur de théâtre de distraction" . Anouilh assume alors parfaitement ce rôle revendiquant volontiers le qualificatif de "vieux boulevardier". Et allant même jusqu'à se présenter comme un simple "fabricant de pièces" .

Il n'en reste pas moins qu'Anouilh a bâti une œuvre qui sous l'apparence d'un scepticisme amusé révèle un pessimisme profond. Il a également su dépeindre ces combats passionnés où l'idéalisme et la pureté se fracassent contre le réalisme et la compromission. Comme l'écrit Kléber Haedens, " Anouilh touche par ses appels au rêve, sa nostalgie d'un monde pur et perdu".

Anouilh est mort en 1987.

Aude Sanseverina

 

Source bibliographique
Véronique Taquin, Antigone (Hachette)
Charles Delattre, Antigone (Bréal Editions)
Kléber Haedens  Une Histoire de la Littérature française, Grasset 1970

Francité