Avec quatre-vingt onze
romans et plus de deux mille personnages, dont certains devenus des légendes
littéraires, comme le Père Goriot, Rastignac ou César Birotteau, Balzac a
construit une uvre, La Comédie Humaine, qui reconstitue un demi-siècle de
notre histoire, de la Restauration à la Monarchie de Juillet, " embrassant toute une
société dans son fourmillement humain, la multiplicité de ses lieux et de ses milieux,
et l'enchevêtrement de ses détails matériels".
Ce qui impressionne chez Balzac, c'est son énergie et sa puissance de
travail. Comme l'écrit Jean d'Ormesson, " il n'y a pas dans les lettres
françaises, d'image plus familière que celle de Balzac, installé en robe de chambre,
une cafetière fumante devant lui, au cur de la nuit, à sa table de
travail. " Il arrivait à Balzac d'y passer jusqu'à dix huit heures d'affilée.
Puis il y a chez lui ce talent d'observation : ses descriptions d'une
rue de Paris ou d'une ville de province, de vêtements, de mobiliers, ou d'habitats
émanent d'un chroniqueur incroyablement attentif à tous les aspects du réel. Ce don
d'observation, parfois il en joue : " j'ai été pourvu d'une grande puissance
d'observation , écrit-il à Mme Hanska , parce que j'ai été jeté à travers toutes
sortes de professions, involontairement
". En effet ses échecs dans
l'imprimerie et ses déboires financiers ont lancé à ses trousses une horde d'huissiers
intraitables. De ces expériences douloureuses, il fait bon usage pour camper des
situations et des personnages plus vrais que nature.
A l'inverse, parfois il se défend d'user de ce talent d'observateur.
On connaît sa fameuse réplique : " Comment voulez vous que j'ai le temps
d'observer, j'ai à peine celui d'écrire ? " Car Balzac ne se contente pas de
décrire la réalité, il y a chez lui l'intuition de l'alchimiste qui cherche au delà
des limites de sa propre expérience : " j'enveloppe alors le monde par ma pensée,
je le pétris, je le façonne, je le pénètre, je le comprends".
Balzac laissera une uvre inachevée : La Comédie humaine
comprend quarante-six romans à l'état de projet. Epuisé, à bout de forces, l'auteur de
Splendeurs et Misères des Courtisanes meurt à cinquante et un ans, après avoir
réalisé son rêve : épouser la comtesse Hanska . Selon la légende, lorsqu'il
s'éteint, en 1850, son dernier mot fut pour appeler à son secours Bianchon, le médecin
quil avait créé dans la Comédie humaine : l'uvre, gigantesque, se confondait avec la réalité .