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Patrick Modiano

Patrick Modiano est né en 1945 à Boulogne-Billancourt.

Il suit des études a I'école du Montcel à Jouy-en-Josas , au collège Saint-Joseph de Thônes (Haute-Savoie) puis au lycée Henri-lV (Paris).

Dès 1967 il se consacre exclusivement à l'écriture : il sera romancier.

Patrick Modiano publie en 1968 , à 23 ans, La Place de l'Etoile (Prix Roger Nimier). Dans ce premier roman, il n'hésite pas à prendre le contre pied de l'Histoire officielle tendant alors à faire de tous les français des héros de la seconde guerre mondiale.

Patrick Modiano a ensuite publié les livres suivants : Les Boulevards de ceinture (1972), Villa Triste (1975), Rue des Boutiques Obscures (Prix Goncourt 1978) , Une Jeunesse (1981), Quartier perdu (1984), Dimanches d'Août (1986), Remise de peine (1988), Vestiaire de l'enfance (1989), Voyages de noces (1990), Fleurs de ruine (1991), Un cirque passe (1992), chien de printemps (1993), du plus loin de l'oubli (1996), Dora Bruder (1997), Un pedigree (2005)

Patrick Modiano a obtenu, en 1984, le prix de la Fondation Pierre de Monaco pour l'ensemble de son œuvre.

Il a également écrit le scénario de Lacombe Lucien (1974), un film réalisé par Louis Malle.

Les romans de Patrick Modiano tissent des liens entre le passé et le présent et expriment une nostalgie qui flotte entre la mémoire et l'oubli. Ils évoquent la nostalgie du temps qui passe, l'obsession des tragédies de la Deuxième Guerre mondiale (notamment la période de l'occupation), ainsi que celles de la guerre d'Algérie.

Dans Livret de famille, il confie l'obsession qui le hante depuis son premier roman : " Je n'avais que vingt ans, mais ma mémoire précédait ma naissance. J'étais sûr par exemple d'avoir vécu dans le Paris de l'Occupation puisque je me souvenais de certains personnages de cette époque et de détails infimes et troublants, de ceux qu'aucun livre d'histoire ne mentionne. Pourtant j'essayais de lutter contre la pesanteur qui me tirait en arrière , et rêvais de me délivrer d'une mémoire empoisonnée ."

Il publie en octobre 2007 dans le café de la jeunesse perdue (Editions Gallimard)

Prix obtenus : Roger-Nimier pour La Place de l'Étoile (1967), Académie française pour Les Boulevards de ceinture (1972), Goncourt pour Rue des boutiques obscures (1978).

Autres oeuvres marquantes : La Ronde de nuit (1969), Villa Triste (1975), Un pedigree (2005)

Une image de soi lointaine, tremblante et vertigineuse

Extraits d'un article d'Antoine de Gaudemar (Libération 11/1/96)

Comme toujours, chez Modiano, il y a de l'intranquillité dans ses personnages, un fort sentiment d'insécurité. Ils ne sont sûrs de rien, ni de leurs origines, ni de leur histoire, ni de leur mémoire, ni de la vie qu'ils mènent, ni de leurs sentiments. Tels des feux follets, ils se survivent comme ils peuvent.

"Juste avant d'arriver porte de la Muette ", raconte le narrateur de Du plus loin de l'oubli, je m'étais assis sur le banc d'un square. Ce quartier m'évoquait des souvenirs d'enfance. L'autobus 63 que je prenais à Saint-Germain- des-Prés s'arrêtait à la porte de la Muette et il fallait l'attendre vers 6 heures du soir après une journée passée au Bois de Boulogne."

Ainsi va la vie Modiano, simple, modeste, somnambule, hasardeuse, et terriblement poignante. Entre romantisme et série noire, entre Fitzgerald et Simenon. Le plus souvent elle s'épaissit de mystère, d'ambiguïté. Ce que Modiano appelle, faute de mieux : le " fantastique social " qui peut recouvrir les destins les plus ordinaires. Les personnages de Modiano sont des has been. Ils ont été et ils ne sont plus, ou presque. Fantômes flottant dans le présent, ils ne vivent que par ce qu'ils ont vécu autrefois, et sont à l'affût de tout ce qui pourrait les relier avec une époque disparue, évanouie. Leur attraction pour le passé n'a d'égal que le sentiment qu'ils donnent d'être totalement déplacés dans leur époque, inquiets voire malheureux. L'Occupation et les années 60 sont les deux périodes qui fascinent respectivement les antihéros de Modiano, comme on regarde dans un puits sans fond une image de soi lointaine, tremblante et vertigineuse.

Ce n'est pas chez pas chez le romancier une pose rétro, cela correspond sans doute autant à des obsessions personnelles, ses propres origines, mi juif, mi flamand né à Paris en 1945, juste après le pire, son enfance vagabonde et trop tôt solitaire, des parents absents et un frère cadet inséparable, mort à 10 ans en 1957, à un désir de retrouver la lumière naturelle d'une époque précise, et de mesurer le fil impitoyable du temps.

Modiano ne reconstitue pas le passé, il l'éclaire à l'aune du présent désolant ou sans illusion qui a suivi. Il y a aujourd'hui presque la même nostalgie à lire Modiano qu'à revoir un film de la Nouvelle Vague , un Truffaut ou un Vajda.

C'est à la fois très proche et très lointain, très émouvant et très distancié, c'est une vision extrêmement exotique de notre environnement quotidien, de notre passé le plus immédiat. Plus l'atmosphère de ses romans est trouble, claire- obscure, semi-clandestine, et c'est le cas dans Du plus loin de l'oubli, plus Modiano discipline sa langue dans un classicisme qui exclut tout excès, toute extravagance stylistique. De la même manière qu'il dit avoir besoin d'être le plus précis possible dans ses descriptions (noms, lieux, adresses, numéros de téléphone, détails physiques ou vestimentaires, toutes choses sur lesquelles il développe un intérêt largement au dessus de la moyenne) pour laisser libre cours à la rêverie romanesque, de même il donne sans cesse le sentiment de ne céder non seulement à aucun effet, mais à aucune mode.

Il y a dans le dépouillement de l'écriture de Modiano, quelque chose d'apparemment démodé mais en vérité de très efficace comme si l'invraisemblable désir de mode qui agite notre époque ne rendait que plus durable ce style blanc obsédé par la simplicité, et qui suppose donc un patient et incessant travail d'épure, de clarté et surtout d'harmonie. Ce mélange qui entraine le lecteur confère à ces histoires fragiles, presque sans intrigue, un suspense paradoxal, à la mesure du désarroi angoissé qui semble étreindre le romancier.

Du plus loin de l'oubli vient de paraître aux éditions Gallimard

"Vivre c'est s'obstiner à achever un souvenir" René Char

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