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Colomba de Prosper Merimee

Cette nouvelle de Prosper Mérimée (1803-1870) a été publiée à Paris dans la Revue des Deux Mondes en juillet 1840.

Inspecteur des Monuments historiques, Prosper Mérimée s'était rendu en 1839 en Corse pour une mission archéologique.

Résumé de Colomba

Le colonel Nevil et sa fille Lydia reviennent déçus d'un voyage en Italie et séjournent à Marseille. Ils rencontrent une ancienne connaissance du colonel, qui leur raconte des histoires étonnantes sur la Corse, notamment celle d'une vendetta. Le colonel apprend également que l'île offre de belles opportunités en terme de chasse. Le colonel et sa fille Lydia, séduits par la réputation de la Corse décident de changer de cap et d'aller y passer quinze jours. Ils affrètent un bateau pour la traversée.

Le jour du départ, le colonel et sa fille acceptent suite à la demande du capitaine du bateau de prendre un jeune lieutenant corse à bord.

Sur le bateau, la conversation s'engage entre Orso della Rebbia, ce jeune lieutenant et les touristes anglais. Ils apprennent que le père du brillant officier corse a été assassiné il y a deux ans.

L'attitude mystérieuse du jeune homme suscite l'intérêt de Lydia. Elle croit deviner qu'il est impliqué dans une histoire de vendetta et éprouve secrètement de l'admiration pour ce jeune Corse qui a une âme de héros.

Le bateau arrive à Ajaccio. Le colonel et Orso passent leurs journées à la chasse. Miss Nevil, elle, s'ennuie. Elle entreprend de séduire le jeune officier corse.

A Ajaccio, le colonel Nevil et sa fille Lydia, reçoivent la visite du préfet. Celui-ci, est inquiet du retour d'Orso. Il évoque certaines coutumes corses, notamment la vendetta, et demande au jeune homme d'y renoncer. Après le départ du préfet, Miss Nevil entreprend elle aussi de dissuader Orso d'accomplir sa vengeance. Le jeune homme donne l'impression de vouloir s'y résoudre.

Le lendemain, une jeune femme, habillée de noir, s'arrête devant l'hôtel où sont descendus le colonel et Lydia. Orso et le colonel rentrent de la chasse. La belle inconnue se présente : c'est Colomba, la sœur d'Orso. Lorsque celui-ci l'avait quittée, elle n'était qu'une enfant.

L'attitude étrange de Colomba intrigue Miss Lydia. Invitée à dîner et à dormir à l'hôtel, la sœur d'Orso partage la chambre de Lydia. Celle-ci remarque que Colomba cache un petit poignard sous ses vêtements.

Puis l'auteur retrace l'histoire des della Rebbia et des Barricini et les raisons de l'ancien conflit entre les deux familles. Le dernier épisode tragique de cet affrontement a été l'assassinat du père d'Orso et de Colomba, le colonel della Rebbia. Bien que la culpabilité des Barricini n'ait jamais pu être prouvée, Colomba est persuadée que c'est l'un des fils Barricini qui en est l'auteur. Depuis deux ans Colomba ne cesse d'écrire à son frère pour lui demander de venger leur père. Orso n'est pas convaincu de la culpabilité de Barricini, et s'il est rentré en Corse, c'est pour marier sa sœur et vendre ses propriétés et non pour tuer l'improbable assassin.

Orso annonce à Lydia qu'il retourne, le lendemain, avec sa sœur, à Pietranera, leur village natal. Il lui confie qu'il redoute les desseins de sa sœur. Lydia le rassure en plaisantant et lui offre une bague trouvée dans une pyramide d'Egypte. "Avec ce porte-bonheur, lui dit-elle, tu ne seras pas tenté de se venger".

Avant de partir Colomba offre à Lydia son petit poignard. Après avoir hésité, Miss Nevil l'accepte. Après le départ d'Orso, la jeune fille est songeuse. Elle pressent dans le comportement de Colomba de forts mauvais présages. Elle médite également sur son amour naissant pour Orso.

Durant le voyage Colomba indique à Orso qu'elle ne verrait pas d'un mauvais oeil qu'il demande la main de la jeune anglaise. Cette union permettrait de restaurer le prestige de leur famille. Lors de leur arrivée à Pietranera Orso et Colomba constatent que la maison des Barricini est barricadée. Ceci est de mauvais augure...

Orso est soucieux. Il se souvient que Lydia lui a promis de venir lui rendre visite. Il a peur qu'elle soit déçue par la pauvreté des lieux. Le soir, il découvre que Colomba fournit à Chilina, la nièce d'un bandit, du pain et des munitions.

Le lendemain, Orso offre à sa sœur les cadeaux qu'il a apportés du continent. Colomba, à son tour, lui fait cadeau d'un costume corse pour la chasse. Elle lui confectionne également des cartouches pour le fusil que le colonel Nevil lui a donné.

Un matin, Colomba conduit Orso à l'extérieur du village, et lui montre l'endroit où leur père a été assassiné. De retour à Pietranera, elle lui montre la chemise ensanglantée et criblée de balles de leur père. Elle supplie Orso de venger la famille.

Orso est désemparé. Si cette vengeance est dans la logique des traditions corses, elle est contraire à l'éducation qui lui a été enseignée sur le continent. Il choisit une solution intermédiaire. Plutôt que d'assassiner Barricini, il va provoquer en duel son fils, ce qui lui permettra de le tuer.

Colomba demande à son frère de l'accompagner à une veillée funèbre, chez les Pietri. Ce voisin vient de mourir et elle a promis d'y chanter une ballata. Orso accepte malgré lui. L'ambiance de la veillée est grave et solennelle. Le chant, beau et triste, de Colomba suscite l'émotion. Mais la veillée est troublée par l'irruption du préfet et des Barricini, le père, maire du village, et ses deux fils. Colomba poursuit sa ballata, avec de la haine et de la violence dans sa voix et son regard. Les membres des deux familles quittent précipitamment les lieux.

Tard dans la soirée, le préfet se rend chez les della Rebbia. Il indique son souhait de voir les deux familles se réconcilier.

Orso est sensible aux arguments du préfet, mais Colomba ne désarme pas. Pour elle les Barricini sont les responsables de l'assassinat de son père. Elle supplie Orso de ne pas se rendre immédiatement chez eux. Elle souhaite une dernière fois consulter les papiers de son père. Orso accepte de différer sa visite au lendemain.

Le préfet fait remettre à Orso une lettre de Lydia. Elle le supplie d'écouter les conseils du préfet. Elle l'informe qu'elle va lui rendre visite très bientôt.

Le lendemain matin, Colomba tend un piège au préfet et aux frères Barricini. Elle leur fait croire que son frère ne peut marcher, si bien que ce sont eux qui se rendent chez les della Rebbia.

Orso est en fait en pleine forme et lorsqu'il apparaît, les deux fils Barricini sont furieux. Orso est obligé de s'excuser. Le préfet reprend l'initiative et indique aux Barricini que le quiproquo entre les deux familles est résolu.

C'est alors que Colomba s'interpose et apporte la preuve de la culpabilité des Barricini. La situation s'envenime. Les frères Barricini deviennent menaçants. Le préfet est indigné d'être mêlé à ces deux bandits ; Orlanduccio, l'un des frères Barricini se jette sur Orso. Colomba parvient à le sauver. Après le départ des Barricini, le préfet conjure Orso d'attendre l'arrivée du procureur et de ne pas se venger lui-même.

Après le départ du préfet, Orso est décidé à se battre en duel contre Orlanduccio. De son côté, Colomba sollicite l'aide de bergers pour défendre la maison.

Le lendemain, Colomba reçoit une lettre de Lydia lui annonçant sa visite. Orso part avec une escorte de bergers à la rencontre de son amie anglaise et de son père.

En route, une jeune femme met en garde Orso et l'informe que les frères Barriccini lui ont tendu une embuscade. Il avance prudemment dans le maquis. Tout à coup, il aperçoit les deux frères. Ceux-ci font feu. L'un blesse Orso au bras et le second à la poitrine. Orso riposte immédiatement de deux coups de fusil contre ses deux agresseurs. Le deux frères meurent sur le coup. Orso hésite entre le maquis et le fait de se constituer prisonnier.

Le colonel et sa fille arrivent à Pietranera. Colomba est inquiète de voir qu'Orso n'est pas avec eux. Elle informe ses invités de la situation. Ceux-ci, alors qu'ils se dirigeaient vers Pietranera ont entendu quatre coups de fusil .

Durant le déjeuner tous sont inquiets. C'est alors qu'une jeune femme arrive sur le cheval d'Orso. Elle annonce à Colomba , à Lydia et à son père la mort des fils Barricini et la blessure d'Orso.

Les corps des Barricini sont ramenés au village. Le lendemain matin, Lydia reçoit une lettre d'Orso. Il lui demande de ne pas le rejeter. Le préfet arrive et commence son enquête. Lydia et le colonel prennent la défense d'Orso : ils ont entendu quatre coups de feu. Seuls les deux derniers provenaient du fusil d'Orso. Ceci prouve qu'il n'a fait que se défendre.

Un chirurgien apporte les premiers soins à Orso dans le maquis. Colomba entraîne alors Lydia hors du village. Puis, elle lui avoue qu'elles se trouvent à proximité de la cachette d'Orso, et qu'elle désire revoir son frère.

Lydia accepte après quelques réticences de rendre visite au blessé. Orso qui a vu sa sœur mais qui ne sait pas qu'elle est accompagnée de la jeune Anglaise, se laisse aller à des confidences et il avoue qu'il aime Lydia. Celle-ci s'approche et Colomba glisse la main de Lydia dans celle d'Orso.

Ce moment de tendresse est de courte durée, car Colomba, qui montait la garde annonce l'arrivée des gendarmes. Orso, qui ne peut marcher, est prêt à se rendre, mais l'un des bergers l'emporte sur ses épaules, puis les deux hommes s'enfuient à cheval. Colomba s'enfuit elle aussi dans le maquis.

Lydia, elle, se fait capturer par les gendarmes. Colomba vient alors à son secours et tout en se moquant des gendarmes, réconforte la jeune anglaise.

Le groupe prend la direction de Pietranera. Alerté, le préfet fait libérer les deux femmes. Il informe également Colomba que son frère ne sera pas poursuivi. Le colonel Nevil , heureux de revoir sa fille, donne son accord à l'union de Lydia et d'Orso.

Quelques mois plus tard, Orso et Lydia, récemment mariés, voyagent en Italie . Ils visitent Pise, en compagnie de Colornba et du colonel.

Au détour d'une allée Colomba aperçoit un vieillard très affaibli. Une fermière demande à Colomba de lui parler en corse, car ce pauvre homme rêve d'entendre une dernière fois la langue de son pays.

Colomba s'approche et reconnaît le père Barricini. Celui-ci, après la mort de ses deux fils, a été recueilli par une cousine italienne et a sombré dans la sénilité. Il demande grâce à la jeune femme. Colomba, inflexible, adresse au vieil homme un regard victorieux et impitoyable ; un regard de jubilation et de triomphe.

Le texte intégral de Colomba sur le site ABU , la Bibliothèque Universelle

Quelques jugements sur Mérimée et ses nouvelles

Mérimée, agnostique et qui n'a jamais été baptisé, nourri de Voltaire, des Encyclopédistes et des Idéologues, rivalisant avec son ami Stendhal de sarcasmes contre l'Eglise, les prêtres et toutes les religions, affichait l'impiété, un matérialisme intrépide, une confiance hautaine dans la science et la raison. En fait, il n'est sûr de rien, il est torturé par le doute, obsédé par une présence qu'il n'appelle pas Dieu parce qu'il se refuse au dogme comme à la révélation, mais qu'il décèle dans les forces mystérieuses de l'Univers, dans la toute puissance du destin, dans l'innommable comme dans l'ineffable . Stendhal, lui, n'avait aucune inquiétude religieuse ni métaphysique : aussi n'a-t-il jamais écrit de conte fantastique . Pour en rêver, ne fût-ce qu'un seul, il faut avoir le sens du mystère, de l'au-delà, d'une transcendance de quelque nature qu'elle soit.

Marcel Schneider, La littérature fantastique en France, Fayard, 1964

 

Il sait faire vingt pages, où les romantiques s'évertuent à souffler un volume. Aussi quelle plénitude dans cette brièveté. Un paysage est complet en cinq ou six lignes. Les caractères se dessinent par une action significative, que le romancier a su choisir en faisant abstraction du reste...

Il est simple aussi : ni sensibilité, ni grandes phrases; un ton uni, comme celui d'un homme de bonne compagnie qui ne hausse jamais la voix. On peut imaginer l'effet de cette voix douce et sans accent quand elle raconte les pires atrocités. Car Mérimée est "cruel", il conte avec sérénité toutes sortes de crimes, de lâchetés et de vices, les histoires les plus répugnantes ou les plus sanglantes; ne croyant ni à l'homme ni à la vie, il choisit les sujets où son froid mépris trouve le mieux à se satisfaire

Gustave Lanson, Histoire de la Littérature française, 1894, Hachette

Source bibliographique

Thierry Ozwald, Colomba, La Vénus d'Ille (Nathan)
Michel Viegnes, Colomba, La Vénus d'Ille (Hatier)
Kléber Haedens  Une Histoire de la Littérature française, Grasset 1970
Le Robert des Grands Ecrivains de langue française


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