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Stephane Mallarmé

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l’incompris…

" Mallarmé l’obscur "… " Mallarmé l’hermétique "… le poète de L’Après-midi d’un Faune semble être, depuis des générations, la victime de méprises, d’incompréhensions , de la part de ses lecteurs comme de ses collègues romanciers & poètes. Notons pour mémoire cette phrase lapidaire de Jules Renard :

Mallarmé, intraduisible, même en français. "

Alors ? Mallarmé victime d’une cabale ? poète " maudit " ?

Force est de nous rappeler qu’une véritable idéologie sous-tend l’œuvre de Mallarmé, lui qui prône une poésie d’élites réservée aux seuls initiés. Car en évoquant l’immanence du poème, Mallarmé suggère que celui-ci est susceptible de n’exister, de ne parler que de et par lui-même. Théorie en apparence absconse et réservée aux happy few… C’est en tout cas là le sens d’un symbolisme poussé à l’extrême : en effet, ce dont il est question dans le poème ne renverra désormais plus à aucune réalité d’ici-bas, mais référera à un " quelque chose " par delà les mots, à un " aboli bibelot d’inanité sonore " (cf. infra), soit : à un idéal. Et c’est ainsi que la poésie, selon les propres termes de Mallarmé devient cette activité " transmutatoire du réel " permettant d’atteindre la " notion pure " des mots du poème, autrement dit, non leur référent du monde objectif mais leur idéal.

Dès lors, il convient à la lecture de ses poésies de ne plus voir en cette chevelure " Occident de désirs… " l’image sensuelle d’une emblématique féminité déjà chantée par Baudelaire ; c’est le symbole du poème tout entier qui est ici figuré par cette " vive nue ", symbole qui sera repris dans le non moins célèbre " Sonnet en –yx ".

LA CHEVELURE…

" La chevelure vol d’une flamme à l’extrême
Occident de désirs pour la tout déployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer (…) "

SONNET EN –YX

" Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L’Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore
Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore (…) "

De même, la tout aussi envoûtante Hérodiade qui " aime l’horreur d’être vierge " et qui s’exclame : " Oui, c’est pour moi, pour moi, que je fleuris, déserte ! " n’est pas davantage l’héroïne biblique qui décolla St Jean-Baptiste qu’elle n’est cette vierge effarouchée à la beauté glaciale ; peut-être faudrait-il mieux l’interpréter à la lumière de la pensée mallarméenne ; c’est dire qu’elle serait alors l’image de cette nouvelle poésie symboliste qui revendique une existence autonome, une fonctionnalité propre, d’où le rejet d’un lectorat qui apporterait un nouveau sens violateur à une poésie se suffisant a priori à elle-même !

Extrait du drame psychologique d’Hérodiade

" Oui, c’est pour moi, pour moi, que je fleuris, déserte ! (…)
Prophétise que si le tiède azur d’été,
Vers lui nativement la femme se dévoile,
Me voit dans ma pudeur grelottante d’étoile,
Je meurs !
J’aime l’horreur d’être vierge (…) "

Ainsi, toute l’ambiguïté de la poésie mallarméenne semble reposer sur ce principe de l’immanence du poème qui se suffit à lui-même et ne nécessite pas a priori de lecteur potentiel. Tout se passe comme si, en définitive, il subsistait entre lecteurs et poèmes mallarméens une incompatibilité de sens que nous, lecteurs, pouvons pourtant aisément dépasser dès lors que nous pénétrons l’univers du poète et de ses textes, et dès lors que nous aimons, un tant soit peu, les jeux de piste intellectuels savamment orchestrés !

Florent Albrecht,
janvier 2001.


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