Russie, 1880. Anna Karénine, est une jeune femme de la haute société de
Saint-Pétersbourg. Elle est mariée à Alexis Karénine un haut fonctionnaire de
l'administration impériale, un personnage austère et orgueilleux. Ils ont un garçon de
huit ans, Serge.
Anna Karénine se rend à Moscou chez son frère Stiva Oblonski. En
descendant du train, elle croise le comte Vronski, venu à la rencontre de sa mère. Le
comte laisse passer cette très belle femme.
Anna Karénine tombe amoureuse de Vronski, cet officier brillant,
mais frivole. Ce n'est tout d'abord qu'un éclair, et la joie de retrouver son mari et son
fils lui font croire que ce sera un vertige sans lendemain. Mais lors d'un voyage en
train, quand Vronski la rejoint et lui déclare son amour, Anna réalise que la frayeur
mêlée de bonheur qu'elle ressent à cet instant vont changer son existence. Anna lutte
contre cette passion. Elle finit pourtant par s'abandonner avec un bonheur coupable au
courant qui la porte vers ce jeune officier.
Puis Anna tombe enceinte. Se sentant coupable et profondément
déprimée par sa faute, elle décide d'avouer son infidélité à son mari. Elle n'ose
raconter à Vronski qu'elle s'est décidée à parler à son mari. L'amour qu'elle porte
pour son fils lui fait songer un moment à abandonner mari et amant et à fuir avec lui.
Mais une lettre de son mari, parti en voyages, en réponse à son aveu , où il ne lui
demande que de respecter les apparences, la décide à rester. Mais la grossesse se
déroule mal. Après avoir mis au monde une fille, Anna contracte la fièvre et risque de
mourir . Elle envoie un télégramme à son mari , lui demandant de rentrer et de lui
pardonner. Elle se repent et appelle la mort comme une libération pour tous. Emu par le
remords de sa femme et sa mort imminente , Alexis consent à lui pardonner.
Une fois guérie, Anna qui aime toujours Vronski, refuse de le voir.
Chassé par elle, celui-ci songe à se suicider. Puis quelque temps plus tard, une
rencontre inopinée avec Vronski suffit à faire voler en éclats la décision d'Anna.
Elle se jette dans ses bras et ils décident de fuir ensemble à l'étranger. C'est pour
Anna, un moment de joie et de délivrance. Elle connaît pendant quelques semaines un
bonheur insolent en visitant avec Vronski la France et l'Italie.
Puis leur relation va se détériorer lentement . De retour en Russie,
Anna et Vronski vivent en marge de la société. Ils suscitent à la fois admiration et
réprobation d'avoir ainsi bravé les conventions de la haute société russe. La fortune
de Vronski leur permet d'avoir une existence indépendante et ils parviennent à recréer
autour d'eux une micro-société , en marge du Grand Monde. Mais Anna ne supporte pas
d'avoir abandonné son enfant et trahi son mari. Elle reste attachée à son fils Serge
qu'elle ne voit plus et elle n'aime pas la fille née de sa liaison avec Vronski. De son
côté, Vronski, abandonné par ses pairs, vit difficilement les effets de cette liaison.
Ce climat pesant provoque une incompréhension réciproque qui obscurcit leur union. Anna,
en proie aux plus vifs tourments, et prise dans un engrenage dont elle ne peut se
délivrer, met fin à sa vie en se jetant sous un train.
L'histoire d'amour tragique d'Anna Karénine et de Vronski s'inscrit
dans un vaste tableau de la société russe contemporaine.
En parallèle à leur aventure, Tolstoï brosse le portrait de deux
autres couples : Kitty et Lévine, et Daria et Oblonski . Il y évoque les différentes
facettes de l'émancipation de la femme, et dresse un tableau critique de la Russie de la
fin du XIXe siècle : Tolstoï montre que les idées libérales et progressives de
l'occident commencent à saper des structures traditionnelles apparemment intactes
C'est tout d'abord l'amour heureux qui finira par unir Kitty et
Lévine.
Kitty est une belle adolescente qui à dix-huit ans fait son entre dans
le monde. Lors d'un bal, la déclaration de Levine la flatte car elle lui donne de
l'importance . Elle lui répond cependant par la négative car elle est amoureuse de
Vronski. Ce dernier lui échappe lors de ce bal où il succombe à la fascination d'Anna.
Kitty sombre alors dans la honte.
Lévine, lui, est un gentilhomme campagnard généreux et progressiste.
Tout comme Tolstoï, il est assailli dangoisses et dinterrogations sur le sens
de la vie et de la mort et sur la relation des êtres humains avec linfini...
Plusieurs mois après ce sinistre bal, Kitty rencontre à nouveau
Lévine auprès duquel elle ressent alors un mélange d'effroi et de bonheur. Elle se rend
compte qu'elle n'a aimé que lui. Kitty et Lévine comprennent que le passé n'a été
qu'une épreuve destinée à consolider leur amour. Ils décident alors de se marier.
Cette union offre l'image d'un couple épanoui, où la douceur et la
sagesse féminines permettent à l'homme de s'accomplir au sein de la nature.
Apparaît ensuite un couple plus contrasté: Oblonski, le frère d'Anna
Karénine, est un jouisseur infidèle. Il témoigne une extrême indulgence à ses
semblables, sans doute fondée sur le sentiment de ses propres défauts. Daria , son
épouse, est, elle, soumise et résignée, mais surtout épuisée par les tâches de la
vie quotidienne. Malgré son infidélité, Oblonski prodigue à sa femme plusieurs marques
de tendresse réconfortantes...
À travers l'histoire de ces couples, au-delà même de l'idéal
humaniste qu'il place en Lévine, Tolstoï évoque dans ce roman une double quête sans
fin : celle de la recherche de l'amour et de l'exigence de vérité.
Deux des principaux personnages de ce roman Anna et Lévine
ne se rencontrent presque pas, ils évoluent dans des espaces parallèles. Ce qui
vaudra à des critiques de reprocher à Tolstoï son " incapacité à construire
le sujet " :" il (le roman) n'a pas d'architecture. On y voit se
développer côte à côte , et se développer magnifiquement deux thèmes que rien ne
réunit. Comme je me suis réjoui de voir Anna et Lévine faire connaissance ! Convenez
c'est l'un des meilleurs épisodes du roman. Vous aviez là l'occasion de réunir tous les
fils du récit et de lui assurer un finale harmonieux. Vous ne l'avez pas voulu, c'est
votre affaire..." ; ce à quoi Tolstoï répondra: "Je suis fier au
contraire de son architecture, les voûtes se rejoignent de telle manière qu'on ne
remarque pas où est la clef..."
Premières phrases du roman
- Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont
malheureuses chacune à leur façon. Tout était sens dessus dessous dans la maison
Oblonski. Prévenue que son mari entretenait une liaison avec l'ancienne institutrice
française de leurs enfants, la princesse s'était refusée net à vivre sous le même
toit que lui...