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Pierre Corneille (1606-1684)

«Corneille nous laisse des chefs d'œuvre dont la vie nous surprend toujours lorsque nous approchons soudain de leur lumière. A côté du Cid, à côté de Polyeucte, il ne faut pas oublier l'Illusion Comique et le Menteur… Ce grand, noble et tendre poète reste le plus vigoureux de nos écrivains de théâtre.» Kléber Haedens, Une Histoire de la Littérature française, Grasset 1970

Pierre Corneille est né à Rouen le 6 juin 1606. Il est fils de magistrats. Il fait de brillantes études au Collège des Jésuites de Rouen, puis, diplômé de droit, devient avocat stagiaire en 1624 au parlement de Rouen. En 1628, son père lui achète deux offices d’avocat.

Il écrit sa première comédie, Mélite ou les fausses lettres, en 1629. Elle est jouée à Paris en 1630 et est couronnée de succès. Le genre était alors jugé secondaire. Corneille contribua beaucoup à le réhabiliter. Entre 1630 et 1633, il écrit de nouvelles comédies sentimentales et morales : Clitandre ou l'Innocence délivrée, La Veuve ou le Traître trahi, La Galerie du Palais ou l'Amie rivale, La Suivante, La Place Royale ou l'Amoureux extravagant.

En 1635, Corneille aborde la tragédie, avec Médée, dont il emprunte le sujet à Sénèque.

En 1636, il compose L'Illusion comique, comédie mettant en scène une allégorie du théâtre.

A cette époque Corneille fait partie avec Boisrobert, Colletet, L'Estoile et Rotrou des auteurs protégés par le cardinal de Richelieu. Ce dernier fait appel à ces «cinq auteurs» pour rédiger tragédies et comédies sur des canevas imaginés par lui. Ainsi sont composées La Comédie des Tuileries et L'Aveugle de Smyrne.

Les relations entre Corneille et Richelieu seront pourtant complexes, comme l’attestent les vers qu’il écrira à la mort du cardinal :

Il m’a fait trop de bien pour en dire du mal
Il m’a fait trop de mal pour en dire du bien.

Corneille s’impose avec Le Cid en janvier 1637. Il rencontre un grand succès public mais doit affronter la jalousie de plusieurs auteurs dramatiques. Ses ennemis lui reprochent de ne pas respecter tout ce qui constitue l'idéal classique au théâtre, notamment les règles de la vraisemblance et de la bienséance, celle des trois unités, ainsi que celle qui préconise la séparation distincte des tons et des genres. Scudéry, n’hésite pas à affirmer que tout est mauvais dans cette pièce. Richelieu apporte tout d'abord un soutien discret aux adversaires de Corneille, dont Mairet qui en est un des leaders. Il pousse également l'académie française à publier un texte critique contre cette tragi-comédie. Mais devant le triomphe durable du Cid, Richelieu joue finalement l'apaisement en demandant à Corneille et Mairet de se réconcilier.

Durant cette querelle, Boileau apporte un soutien appuyé à Corneille :

Contre le Cid, un ministre se ligue
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue

Corneille sort meurtri de cette querelle et  garde le silence pendant près de trois ans. En mai 1640 il  connaît un nouveau succès avec Horace.

En 1641, Corneille publie Cinna, une tragédie, qui lui apporte la consécration. Il apparaît comme le plus grand poète dramatique de son temps. On le qualifie alors de "Sophocle français".

Les années quarante sont les années de gloire de Corneille. Célébré par le public, reconnu par ses pairs, financé par le pouvoir, il connaît une décennie éclatante . Il écrit Polyeucte (1642) et Rodogune (1644), Il est élu à l'Académie française en 1648.

En 1650 Corneille connaît l’échec avec Pertharite qui est boudé par le public parisien. Ce désaveu l’incite à renoncer au théâtre et à se consacrer à la traduction de l'Imitation de Jésus-Christ. Il faudra attendre 1659 pour qu’il revienne au théâtre avec Œdipe, une tragédie écrite à la demande de Fouquet, le surintendant des Finances. Cette pièce est un succès.

En 1667, Racine triomphe avec Andromaque. Corneille, qui a 61 ans, se découvre un jeune rival audacieux, adulé par un nouveau public.

Protégé par Fouquet, puis par Louis XIV, Corneille continue pourtant à se consacrer au théâtre, mais Racine l’a remplacé dans le cœur du public. En 1670, les deux auteurs donnent simultanément une pièce sur le même sujet. Racine triomphe avec Bérénice ; Corneille  ne connaît qu'un succès mitigé avec Tite et Bérénice. Ses deux dernières créations, Pulchérie (1672) et Suréna (1674), sont des échecs. Il cesse son activité de dramaturge. Il meurt  à Paris le 1er octobre 1684.

Lou Castelane


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