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Cette
pièce de théâtre en deux actes de Samuel Beckett est parue en 1952 aux
Editions de Minuit et a été créée le 5 janvier 1953 au théâtre
de Babylone à Paris, dans une mise en scène de Roger Blin.
C’est
la première pièce de Beckett écrite directement en français. Elle met
en scène deux couples de personnages — les clochards Estragon et
Vladimir, les maître et esclave Pozzo et Lucky — et répète le même
scénario sur deux actes.
L’action
se déroule le soir sur une route de campagne. Le seul élément de décor
est un arbre dénudé.
Résumé de
En attendant Godot
Acte
1
Estragon
, un vagabond est assis par terre et se débat avec une chaussure
trop étroite.
Survient,
Vladimir,
un autre clochard . Il est très heureux de retrouver Estragon qu’il a
quitté la veille. Les deux hommes se mettent à parler de chose et
d’autre. Estragon est obnubilé par sa chaussure qui lui fait un mal
horrible. Vladimir, lui, médite sur le suicide, la culpabilité, la
repentance. Ils
attendent tous deux la venue improbable de Godot. Ils ne savent pas
vraiment qui il est , mais espèrent qu’il apportera une réponse à
toutes leurs attentes.
Celui-ci
n’arrivant pas, Vladimir et Estragon se mettent à parler, comme pour
occuper le temps, comme pour combler le vide et le silence qui surviendraient si
la parole n’était pas présente. Ils se disputent, se réconcilient et
parlent aussi du suicide.
Au
lieu de Godot, deux nouveaux personnages apparaissent :
Pozzo et Lucky, le second étant, comme un chien, tenu en laisse
par le premier. Pozzo fouette Lucky et l’injurie. Il semble
représenter le pouvoir et
l’autorité. Lucky, lui, parait être son esclave. Pour distraire
Vladimir et Estragon, Pozzo demande à Lucky de danser et de penser à
voix haute. Puis
ils s’en vont laissant seuls Vladimir et Estragon.
Un
jeune garçon apparaît et annonce à Vladimir et Estragon que Godot ne
viendra pas ce soir, mais peut-être demain.
Acte
2
Le
second acte ressemble étrangement au premier. L’action se déroule le
lendemain au même endroit , à la même heure. Quelques changements sont
pourtant perceptibles.
L’arbre
compte maintenant quelques feuilles. Les
deux clochards Vladimir et
Estragon imitent Pozzo et Lucky. Puis ces deux derniers réapparaissent
. Le premier est devenu
aveugle et le second est frappé de mutisme. Le jeune garçon effectue une
nouvelle visite. Il affirme pourtant n’être pas venu la veille. Il
informe les deux clochards que Godot reporte à nouveau son rendez-vous.
Vladimir et Estragon songent à se pendre, mais la ceinture d’Estragon
n’est pas assez solide.
Les
dernières répliques de la pièce sont les mêmes que celles de la fin du
premier acte : Vladimir
demande : « Alors, on y va ? » et
Estragon de lui répondre : « Allons-y ! »
Quelques
citations de En Attendant Godot
Je
suis comme ça. Ou j'oublie tout de suite ou je n'oublie jamais.
Voilà
l'homme tout entier, s'en prenant à sa chaussure alors que c'est son pied
le coupable.
Alors
fous-moi la paix avec tes paysages ! Parle-moi du sous-sol !
En
attendant, essayons de converser sans nous exalter, puisque nous sommes
incapables de nous taire.
Nous
naissons tous fous. Quelques uns le demeurent.
Roger
Blin qui le premier, en 1953, a créé En Attendant Godot évoque
cette pièce :
Je
venais de monter la Sonate des spectres de Strindberg à la Gaîté-Montparnasse
dont j’étais alors devenu à la fois le Gérant et le Directeur (il y a
de cela bien plus de dix ans !), quand j’ai fait la connaissance de
Samuel Beckett. Il était venu assister à mon spectacle, et comme il
l’avait trouvé valable, il était revenu à la Gaîté. Ce qui lui
avait plu aussi c’était que la salle était presque vide. Quelques
jours après notre rencontre, il m’envoya le manuscrit de sa pièce, En
attendant Godot que je lus, sans découvrir aussitôt le fond de l’œuvre.
C’est plus tard que je m’en suis rendu compte: cela allait très loin
!
Ce
qui m’avait passionné, à première lecture, c’était la qualité du
dialogue: il n’y avait pas un mot " littéraire a, ni même une
image et c’était profondément Iyrique. Ces phrases parlées, très
courtes, exprimaient un mélange de parodie et de gravité, qui déchiraient.
J’étais sensible, en particulier, à la pudeur de Beckett devant l’émotion
de ses personnages (toute échappée de sensiblerie était stoppée net
par une grossièreté ou par un jeu de mots). Le comique de ses
personnages était un comique de cirque. L’ensemble de l’œuvre me
donnait l’impression de l’infini, en ce sens que la pièce aurait pu
se prolonger durant quatre ou cinq actes. Seul élément de progression:
les personnages s’enfoncent toujours un peu plus à chaque acte. J’ai
essayé alors d’exprimer tout cela dans la mise en scène (surtout la
pudeur des personnages à la fin devant leur émotion: de là, un jeu
assez sec). J’ai refusé aussi le parti-pris des AngloSaxons qui permet
beaucoup trop à mon avis une interprétation évangélique favorisant
l’exégèse chrétienne.
Après
la lecture de cette pièce. à l’époque, j’ai proposé à mes associés
de la monter à la Gaîté-Montparnasse. Ils n’ont pas voulu en entendre
parler. Ce qui a été regrettable pour notre théâtre: Beckett nous
aurait sauvé momentanément de la faillite. Quand je me suis adressé,
ensuite, à d’autres théâtres, on m’a ri au nez ! Cela a duré ainsi
pendant trois ans ! Un jour, finalement, Georges Neveux, membre de la
commission d’Aide à la Première Pièce, s’est emballé pour Godot;
on m’a distribué une petite somme choisie parmi l’échantillonnage réparti
régulièrement entre les drames historiques, les pièces religieuses et
une pseudo Avant-Garde. Grâce à cette aumône, j’ai monté En
attendant Godot au Théâtre de Babylone (aujourd’hui disparu), chez
Jean-Marie Serreau. L’accueil de la presse fut formidable. Mais
personne, je tiens à le dire, n’a fait fortune avec cette pièce !
Le
spectacle a eu une centaine de représentations, puis, la pièce a été
reprise plusieurs fois à Paris, j’ai présenté Godot à Zurich, en
Hollande, en Allemagne. Le public, les gens simples, surtout, en
Allemagne, étaient bouleversés. Pour comprendre et ressentir Beckett, on
ne doit jamais avoir de préjugés à la base: le rationalisme ou la
politique empêchent de communiquer avec cette œuvre.
Source
bibliographique
Grandes
oeuvres de la Littérature française de Jean-Pierre de Beaumarchais
et Daniel Couty ( Editions Larousse)
La Littérature du XXème
Siècle (Nathan, Collection Henri Mitterand)
Dictionnaire de la Littérature
française du XXème siècle (Albin Michel, Encyclopaedia Universalis)
Le Robert des Grands
Ecrivains de langue française
25 pièces de théâtre
de la littérature française d'Hélène Potelet (Hatier, Profil d'une
oeuvre)
En
savoir plus :
Le site
du Théâtre de l'Odéon : un entretien avec Luc Bondy En
attendant Godot sur le site de l'Université de Lille
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