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Biographie de Beaumarchais

« Avec de la gaieté et même de la bonhomie, j’ai eu des ennemis sans nombre et n’ai pourtant jamais croisé, jamais couru la route de personne. À force de m’arraisonner j’y ai trouvé la cause de tant d’inimitiés. En effet, cela devait être.
Dès ma folle jeunesse, j’ai joué de tous les instruments. Mais je n’appartenais à aucun corps de musiciens. Les gens de l’art me détestaient.
J’ai inventé quelques bonnes machines ; je n’étais pas des corps mécaniciens. L’on y disait du mal de moi.
Je faisais des vers, des chansons. Mais qui m’eût reconnu poète ? J’étais le fils d’un horloger.
N’aimant pas le jeu du loto, j’ai fait des pièces de théâtre. Mais on disait : de quoi se mêle-t-il ? Pardieu ! ce n’est pas un auteur ; car il fait d’immenses affaires et des entreprises sans nombre.
Faute de rencontrer qui voulût me défendre, j’ai imprimé de grands mémoires pour gagner des procès qu’on m’avait intentés et que l’on peut nommer atroces. Mais on disait : vous voyez bien que ce ne sont point des factums comme les font nos avocats. Inde irae. Il n’est pas ennuyeux à périr ! Souffrira-t-on qu’un pareil homme prouve sans nous qu’il a raison ?
J’ai traité avec les ministres de grands points de réformation dont nos finances avaient besoin ; mais on disait : de quoi se mêle-t-il ? Cet homme n’est point financier !
Luttant contre tous les pouvoirs du clergé et des magistrats, j’ai relevé l’art de l’imprimerie française par les superbes éditions de Voltaire, entreprise regardée comme au-dessus des forces d’un particulier. Mais je n’étais point imprimeur. On a dit le diable de moi.
[…]
J’ai fait le haut commerce dans les quatre parties du monde. Mais je n’étais point armateur. On m’a dénigré dans nos ports.
[…]
J’ai traité des affaires de la plus haute politique. Et je n’étais point classé parmi les négociateurs.
De tous les Français quels qu’ils soient, je suis celui qui a fait le plus pour la liberté du continent de l’Amérique, génératrice de la nôtre, dont seul j’osai former le plan et commencer l’exécution malgré l’Angleterre, l’Espagne, malgré la France même. Mais j’étais étranger à tous les bureaux des ministres.
[…]
Qu’étais-je donc ? Je n’étais rien, que moi, et moi tel que je suis resté, paresseux comme un âne et travaillant toujours, en butte à mille calomnies, mais heureux dans mon intérieur. Libre au milieu des fers, serein dans les plus grands dangers, n’ayant jamais été d’aucune coterie ni littéraire, ni politique, ni mystique, faisant tête à tous les orages, un front d’airain à la tempête, les affaires d’une main et la guerre de l’autre. N’ayant fait de cour à personne, et partant, repoussé de tous. N’étant membre d’aucun parti et surtout ne voulant rien être, par qui pourrais-je être porté ? Je ne veux l’être par personne. »

C’est en ces termes que se dépeint Beaumarchais vers la fin de sa vie. L’autoportrait est juste, et rappelle, est-ce vraiment étonnant, celui de Figaro dans Le Barbier de Séville, " garçon apothicaire […] dans les haras d’Andalousie " mais aussi poète, renvoyé par le Ministre " sous prétexte que l’amour des Lettres est incompatible avec l’esprit des affaires ".

Beaumarchais l’explique clairement, il a eu le tort de ne jamais choisir, de ne jamais se fixer dans une charge, un état, un personnage, comme le prouve cette courte biographie :

Né à Paris le 24 janvier 1732, fils d’horloger devenu horloger lui-même après des études dont on sait peu de choses, inventeur d’un ingénieux mécanisme rendant les montres plus fiables (1753), harpiste et maître de harpe des filles de Louis XV (1759), ami d’un richissime financier, Pâris-Duverney, qui l’associe à ses affaires (à partir de 1760), et lui permet de bâtir sa fortune, Secrétaire du roi (1761), puis Lieutenant général des chasses (1763), organisateur de l’exploitation de la forêt de Chinon (1766), avocat plaidant sa cause, plaignant déchu de ses droits civiques (1773-1774), espion ayant maille à partir avec le mystérieux chevalier d’Éon pour le compte de Louis XV, sous le nom de chevalier de Ronac (anagramme de Caron) (1775), fondateur de la Société des auteurs dramatiques (1777), qui protège les droits des auteurs contre les troupes d’acteurs indélicates, soutien de la cause indépendantiste de la jeune Amérique (1775), imprimeur en Allemagne des œuvres complètes de Voltaire (1784-1789), investisseur dans la Compagnie des Eaux de Paris (1781), et à cette occasion, ennemi déclaré de Mirabeau, que pourtant il respecte (1785), propriétaire jalousé d’une somptueuse demeure édifiée près de la Bastille (1787), député à la Commune de Paris en 1789, marchand de fusils pour l’armée française révolutionnaire (1792), mais suspect inscrit sur la liste des émigrés et comme tel, indésirable en France (1793), affairiste ruiné dans la tourmente révolutionnaire, " le citoyen Caron Beaumarchais, homme de lettres ", s’éteint le 17 mai 1799, trois ans après son retour à Paris.

Et les lettres, dans tout cela ? Beaumarchais a encore trouvé du temps pour écrire, non seulement la célèbre trilogie de Figaro, mais aussi un certain nombre de mémoires [Mémoires contre Goëzman (1773-1774), Mémoires contre Kornman (1787-1789), Les Six Époques (sur l’affaire des fusils de Hollande, 1793),] dans lesquels il plaidait sa cause et attaquait fermement ses adversaires tout en se conciliant les faveurs de l’opinion publique. Il a également composé, au début de sa carrière, dans les années 1760, quelques pièces de théâtre au comique assez trivial, destinées à être jouées dans des cercles privés, puis deux drames, Eugénie (1767) et Les Deux Amis ou le Négociant de Lyon (1770), et un opéra " oriental " en cinq actes, Tarare (1787), dont Salieri compose la musique, mais aussi un texte théorique, Essai sur le genre dramatique sérieux (1767). Enfin, il a laissé une très abondante correspondance, ce qui n’est guère étonnant de la part d’un homme qui aimait à mener tant de projets de front, ayant le goût de l’intrigue plus que l’ambition de la réussite, et selon ses propres mots, " paresseux comme un âne et travaillant toujours, en butte à mille calomnies, mais heureux dans [s]on intérieur. Libre au milieu des fers, serein dans les plus grands dangers, n’ayant jamais été d’aucune coterie ni littéraire, ni politique, ni mystique, faisant tête à tous les orages, un front d’airain à la tempête, les affaires d’une main et la guerre de l’autre. "

Clémence Camon


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